La facture commence à peser sérieusement. D’après le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, l’État consacre au minimum 1,6 milliard de dirhams par mois pour juguler les retombées économiques de la crise énergétique mondiale, amplifiée par le conflit au Moyen‑Orient et la hausse fulgurante des cours du pétrole et du gaz.
Ce contexte n’est pas abstrait pour les familles marocaines : les prix des carburants à la pompe ont déjà augmenté de façon significative, reflétant les tensions internationales et la dépendance marocaine aux importations de produits pétroliers.
Pour contenir ce choc, l’effort budgétaire s’articule autour de trois axes majeurs : le gaz butane, l’électricité et le soutien au secteur du transport.
Le gaz butane, énergie domestique omniprésente dans les foyers marocains, est au cœur de cette riposte. L’État prend désormais en charge 78 dirhams par bonbonne de 12 kg, contre 30 dirhams auparavant – soit une hausse de 48 dirhams par unité pour maintenir le prix de vente stable malgré le renchérissement mondial. Cette seule mesure coûte autour de 600 millions de dirhams par mois.
Dans le même registre, Rabat a choisi de geler les tarifs de l’électricité pour tous les usagers, qu’ils soient ménages ou entreprises, en dépit de la montée des coûts des intrants comme le gaz naturel, le charbon ou le fuel. Cet effort, estimé à 400 millions de dirhams mensuels, vise à éviter une spirale inflationniste qui frapperait durement les budgets des familles et les marges des entreprises.
Un autre volet crucial est l’aide aux transporteurs professionnels. Avec la hausse des prix des carburants, les coûts logistiques s’envolent, mettant en péril la fluidité de l’activité économique. Tirant les leçons du précédent dispositif (coûté près de 7 milliards entre 2022 et 2024), le gouvernement a mis en place un mécanisme plus ciblé : environ 3 dirhams d’aide par litre de gasoil consommé, accessible uniquement via une plateforme dédiée aux transporteurs actifs et respectant des critères stricts. Cette mesure devrait coûter environ 648 millions de dirhams par mois au budget de l’État.
Ce package de mesures, loin d’être symbolique, est pensé pour amortir un choc externe brutal sans remettre en cause de manière immédiate le cadre budgétaire national. À ce stade, le gouvernement assure qu’il mobilisera « toutes les marges de manœuvre budgétaires disponibles » sans recourir à une loi de finances rectificative ou à une rallonge, signe d’une prudence financière assumée face à l’incertitude.
Alors que Rabat navigue dans une conjoncture internationale tumultueuse, l’enjeu majeur pour l’État n’est plus seulement de protéger aujourd’hui, mais de préparer demain : stabilité des prix, soutien aux secteurs clés et renforcement des fondations économiques pour affronter les prochains chocs avec plus de solidité.












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